
P.L. Selvais, K.D. Amoussou-Guenou, M.P.Hermans ; Bruxelles (Belgique) et Cotonou (Bénin)
Revoyons donc le problème.
La première raison de la création d'associations de personnes diabétiques est d'assurer la continuité de l'approvisionnement en insuline. Ce fut la raison de
la création de l'ABD durant la guerre; c'est un véritable scandale de constater que la situation de la disponibilité de l'insuline reste aujourd'hui problématique dans au moins un tiers des pays
de la planète (sans compter les exclus du système social en pays développés). Relisez mon article dans la revue de l'ABD (1) et si vous avez le moindre pouvoir d'influence en santé publique :
s'il vous plait influez !
La seconde raison est à mon avis d'ordre psychologique. L'annonce d'un diabète, en particulier d'un diabète insulinodépendant, est souvent si mal vécue. C'est
pourtant hélas un événement de plus en plus banal dans nos pays. Le contact avec d'autres patients aide le nouveau patient à ne pas se sentir trop seul et à partager l'expérience. Ce n'est pas
quantifiable mais je crois beaucoup à cet aspect soutien psychologique des associations.
La troisième raison, la principale dans un pays au système de santé développé, est d'influencer les pouvoirs publics. Il est important de faire prendre
conscience de l'importance capitale et croissante du problème diabète. Ceci devrait aller de soi quand l'on considère que 6 à 8 % des adultes en âge d'être électeurs sont diabétiques dans nos
pays et que leurs proches sont conscientisés à la cause du diabète. Hélas à peine un diabétique sur dix rejoint les associations de patients diabétiques. C'est un beau gâchis : si tous étaient
membres, l'avis des associations serait entendu !
Enfin, peut-on quantifier l'intérêt médical pour un patient de se faire membre d'une association ? Il partagera l'expérience de patients plus aguerris, il
recevra une information pertinente et il s'investira plus dans la gestion de sa maladie. C'est un sujet difficile à appréhender et nous avons constaté qu'il n'avait pas été étudié
systématiquement. Dans un travail préliminaire, récemment présenté à la Société Belge de Médecine Interne (2) et soumis à une revue de diabétologie, nous avons récolté les éléments encourageants
suivants : les diabétiques de type 1 membres d'une association gagnent 0.3 % d'hémoglobine glycquée; les diabétiques de type 2 membres d'une association gagnent 4 ans sur la dégradation
inéluctable de leur équilibre glycémique et présentent de bien meilleurs profils lipidiques.
Tout est significatif et relevant sur le plan médical. C'est probablement multifactoriel : les membres sont motivés dans la gestion de leur diabète et ils reçoivent une information meilleure et ont des contacts sociaux bénéfiques à l'équilibre de leur diabète.
Le message nous semble clair : même dans nos pays favorisés où l'accès aux soins est relativement aisé, ne subissez jamais votre diabète : agissez, rejoignez les associations et devenez ainsi acteur de la politique de santé publique d'une part, agent de la gestion proactive de votre maladie d'autre part. Il n'y a pas à hésiter (rappelons que certaines mutuelles remboursent même la cotisation à l'ABD). Elles devraient le faire toutes : 0.3 % de gain d'hémoglobine glycquée, c'est ce dont arguent certains médicaments nouveaux !
Référence:
Ø Selvais PL, L'accès à l'insuline : un problème majeur pour les diabétiques du tiers monde. Revue ABD 2007 : 50/2 : 30-31
Selvais PL, Amoussou-Guenou KD, Hermans MP. Adhesion to a patient's ssociation is correlated with better metabolic control in diabetes mellitus. Acta Clin Belg 2007 ; 62/5 : 377| Juillet 2009 | ||||||||||
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